Deux pas sages

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Orage puisé dans un aller-retour entre ces mondes parallèles. S’efface vers le haut.

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Visuel

Trouble : Ces deux corps presque immobiles, et l’espace mouvant autour d’eux. Des mains qui se suivent sur le sol, l’arc des jambes et, au ralenti, l’apesanteur.

Place

et un instant,

c’est l’envol.

Et là les émotions tiennent debout, elles se succèdent à chaque image. Et moi, je regarde, ébahie, en tirant sur la corde pour les voir défiler à travers le trou bleu du tableau :

Ensuite, la mémoire est passée. Les belles choses, les moments magnétiques vont dans une valise, elle-même expressément rangée au grenier – sous la poitrine (parfois, si cela heurte, c’est parce que les étoiles, en s’échappant, forment des étincelles) ; Mon premier réflexe est de changer de décor de théâtre.

En ce qui me concerne, il est deux : Extérieur et Intérieur.

  • L’extérieur : Transformer vingt-cinq mètres de carrés de dalles onduleuses en lieu d’entraînement pour le mouvement et l’expression. S’exercer à tendre les bras et regarder le monde à l’envers, trouver la localisation des reins et l’équilibre, réussir les configurations et les remplissages de l’espace improbables. Sentir quand on est en haut à quel point c’est léger.
  • L’intérieur : Une fois au fond du Trou Bleu, on a une idée assez précise de ce à quoi l’on aspire. On sait ce qu’on veut être et donc ce que l’on veut connaître pour ce faire. Aussi, atteindre nos envies, nos « nous », c’est alimenter les multiples voies qui s’écoulent vers le Lieu des Savoirs en Expansion. En d’autres mots, s’inspirer, jouer et travailler, collectionner les frissons, les projections, les rêves des autres pour imaginer ceux que nous serons demain.

PS : Tout ça pour dire que, j’avais remarqué, les marques du sérieux qui s’installent, entre les sourcils et sous la langue, comme la sècheresse. Il suffit de prendre un seau, tendre le bras et aller puiser l’inspiration …

PS n°2 : Pour résumer, quelques définitions du Diconnaissance (édition Again) :

  • Trouble : Deux corps presque immobiles, et l’espace qui se meuve autour d’eux.
  • Décor de théâtre : Unique, il appartient à chacun. Prenons-en soin, « Nous jouons notre vie au théâtre » (Jean-Paul Alègre).
  • Moments magnétiques : Rares, frileux mais accessibles. Se déplacent en colonies d’une source d’émerveillement à une autre.
  • Dalles onduleuses : Collines familières milles fois entrevues.
  • A l’envers : Sens de la vie chez les quadripodes renversés.
  • Lieu des Savoirs en Expansion : Bibliothèque de la Maison de l’Ailleurs plantée sur la Grande Dévoreuse, plaine d’herbe grasse située à peu près nulle part.
  • Marques du sérieux : symptôme d’un fléau agissant sur l’esprit. En cas de contagion, arroser abondamment.
  • Le Trou Bleu : Un mystère.

Micro-serre

Alors, j’ignore encore comment ce titre s’est retrouvé dans les brouillons de ce monde parallèle. C’est un jeu, en fait : savoir donner la bonne trajectoire au papier froissé pour qu’il nous revienne dans les mains, en différé.

Actuellement, il y a cette chose dans mon ventre qui prend toute la place. C’est une boule magique : à l’intérieur, des ombres spectrales qui font plus de peur que de mal. Pour ne pas les percevoir, je plante des graines, j’arrose, ça pousse. Lentement.

C’est l’histoire rapide de la micro-serre : On cultive son jardin, ça aide à se sentir chez soi.

Remerciements : Cherpa, son humour du téléphone et les bières belges.

Suite pour une retenue et son liquide (1)

Alors d’abord, tremper tes mains dans le bocal : un gros bocal plein d’écume qui s’emmêle. Plonger progressivement, les poignets, le niveau d’eau qui s’élève comme le mercure d’un thermomètre à colonne, les plis des coudes, faire remonter la sensation de froid jusque sous les oreilles. Et quand tu es sûr que tu tiens tout entier (oui c’est bon on y est je rentre oui non les angles évidemment c’est une question de incertitude de euh insertion mais si mais si), tu expires. Inspires. Et tout en expirant très lentement te laisses couler, profondément profondément.

Vertigineuse écume.

Tu poses le pied sur le sol et la sensation de déséquilibre revient à marée basse. Pourtant ce sont les carreaux que tu connais bien, ils organisent ton espace depuis trois années de vie au 6ème étage.  Mais ton esprit est ailleurs, en déconnexion avec les nuages bien-pensants, en réflexion sur les vagues cristallines. Assis sur le ponton.

Marseille, vendredi 30 mars 2018.

L’arrière du bateau se trouve à des kilomètres du quai. L’espace pour l’atteindre fléchit quand tu décides de le survoler. Un saut, des battements affolés et des ailes en pagailles plus tard, tu es de l’autre côté. Sur l’eau. Le sol s’échappe sous tes pieds. Ton esprit glisse et, toi aussi, tu roules pour le récupérer. Tu apprends très vite une chose : l’équilibre est question de mouvement, de pondération.

Toute une cargaison est prévue pour remplir les placards. L’équipage s’active dans les allées et venues chargées de sacs, de courses, de choses nécessaires ou seulement utiles. Tu te fonds dans le rythme, tel un maillon d’une chaîne de victuailles. Il fait bon le ciel est bleu.

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Nuit. Vous tartinez les trottoirs à la recherche d’un trésor pour vous estomacs. Il te semble qu’à cette heure le port est un enchaînement de bars-atmosphères. Vous vous engagez dans un pub irlandais où deux bouledogues de la sécurité toisent les consommateurs d’un œil sévère.

Samedi matin.

Sacs de couchage froissés au milieu du bateau. Les Premiers-Debout se sont donnés pour mission les tartines et les bols de thé. Tandis que, abruptement chut de ses songes, le reste de l’équipage vient peu à peu remplir le pont arrière, les oreilles de l’ampli déversent le rythme énergique d’un début de journée exaltant. Les basses font tressauter la baffle sur les deux pans de la table repliée. Réveil au soleil.

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Rapide briefing sur le ponton. Les deux skippers – un pour chaque bateau – vous expliquent : le matériel, les positions face au vent, les manœuvres, la géographie, les Calanques. Une photo de groupe plus tard, c’est déjà l’heure de partir.

Quand vous levez des voiles, les claquements polyphoniques des écoutes contre les mâts s’estompent derrière vous. Puis c’est au tour de Marseille de se recroqueviller sur l’horizon. Vous ne faites déjà plus parti de la terre. Ne vous reste plus qu’à observer ces amas solides de roches surgis de l’eau, comme autant de petites îles soupoudrées au large de cette côte méditerranéenne.

La mer claque sur la coque, transmettant ses ondes bienveillantes. Tu respires avec satisfaction cette sensation de balancier. Ne retient plus ton corps, l’abandonne.

Direction Cassis, regroupement de maisons au bord de l’eau, glissé entre les calanques et ces falaises sédimentaires dont la couleur a légué son nom au village.

Dimanche après-midi.

Tu es, comme chaque corps vivant, devenu une extension de la coque. Te déplacer d’un bord à l’autre est devenu un jeu. Ce que tu aimes : sauter, risquer l’instabilité, entrer dans la cabine en ne descendant l’escalier qu’à moitié.

Tu te demandes à quoi ressemblerait une existence de marin. Naviguer, c’est adapter son rythme de vie à la forme des vagues ?

Dimanche soir.

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Le carré est un point de rendez-vous. L’excitation est retombée en sieste disparate et unanime. Ceux qui restent se posent pour un instant privilégié de convivialité. Ils ont sorti les bouteilles en verre trouble et des verres indifférents. Il parait que cette bière est Corse. Vous discutez comme autour d’un café. Puis le groupe grossit, de quatre à dix-huit, les dormeurs en pull et en bonnet s’ajoutent aux canapés. La discussion prend de l’ampleur. Elle gonfle, se divise, forme d’autres petites discussions, on entend les impressions du week-end, le mal de mer, les pique-niques par-dessus bord, tenir la barre, la météo incertaine, les décisions de dernière minute, remplir le réservoir d’eau à Cassis, les balades vers les hauteurs, rester coincées par la marée montante, la pêche, les membres de l’équipage qu’on a appris à connaître, les imitations ponctuées de rires.

Lundi matin.

Le moteur démarre avant que tu n’aies atteint le point culminant de ton rêve et que tu ne chutes sur ta couchette. Ce matin, vous êtes un petit groupe à être partis pour une dernière excursion en mer. Les lignes de traîne dessinent des sillons à l’arrière du bateau. Le jour se lève à peine. Petit déjeuner madeleine. Vous passez près du Frioul et de ses mouettes observatrices postées sur leurs deux pattes. Plénitude face à l’eau qui glisse sous le bateau sans aucun effort. Une sensation de seuls au monde.

SD2 (87)

D’autre Elles

Enregistré depuis la fenêtre éclairée du deuxième étage de la maison des associations. Associer des idées en ce lundi de fin d’hiver.

« C’est savoir qu’elles existent. »

Nos bicyclettes tranchaient la nuit en lamelles sans ne jamais la fissurer. L’obscurité était liquide, elle se refermait après chaque souffle. Et chaque petit nuage formé devant notre bouche nous rapprochait de la conférence. Son titre ? « Les violences faites aux femmes de la rue. » Et nos deux roues étaient comme des insectes à rayons attirés par la lumière. Pourquoi ? Le besoin d’obtenir des réponses, et peut-être l’envie de s’engager. Il nous fallait donc savoir, puis comprendre.

***

« Je dis aux féministes : Ne nous oubliez pas, ne nous occultez pas. »

***

Nous sûmes donc, avec probablement bien plus de dureté que ce à quoi nous nous étions préparées. Ce n’est pas le genre de soirée d’où on rentre tranquillement pour siroter un chocolat chaud dans son abris.

***

La question suivante et celle de l’engagement ou du moins de l’entraide. Il ne s’agit pas forcément de s’investir corps et âme mais, déjà, de reconnaître qu’elles existent et sont plus nombreuses qu’elles n’en paraissent. C’est informer, discuter. Inventer de nouvelles solutions. Les besoins actuels changent. Y réfléchir, c’est d’abord penser à ce qui nous semble essentiel et minimal pour nous. Car ce qui est essentiel pour nous l’est pour tous.

***

Assister à la conférence ? Il reste quelques chaises libres : [ ((o)) ] (Âmes sensibles, s’abstenir)

 

Euclide caché derrière une intégrale

« Ce qui est affirmé sans preuve peut être nié sans preuve. »

Euclide d’Alexandrie

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J’aime la franchise de cette phrase car, en réalité, ces mots sont bien moins inoffensifs qu’ils n’en paraissent. Ils racontent le point de vu cartésien de l’esprit, comment les paroles en l’air sont jetées aux oubliettes. Pourtant, c’est bien théorique : il est rare qu’on remette en questions les propos d’un interlocuteur qui affirme « c’est une bonne année, mes tomates ont poussé sur mon balcon », par manque de preuves. Et c’est drôle, le quotidien est peuplé de petites affirmations, plus ou moins banales, plus ou moins essentielles, et surtout plus ou moins vraies. Un exemple frappant : les rumeurs qui circulent par le bouche à oreille. Alors que nous vivons dans une société de médias, comment cela se fait-il que nous soyons si peu attachés à cette forme de vraisemblance verbale ?

J’ai deux suppositions : La première concerne les naïfs, dont le principal défaut est de porter une confiance maladive envers autrui. Pour ceux-là, la véracité des choses proférées ne fait aucun doute.

La seconde est que, dans le langage de tous les jours, la vérité importe peu. Une discussion est un échange d’informations ayant pour but la réalisation sociale des individus. En fait, nous parlons pour avoir un rapport aux autres. Quelqu’en soit la justesse, il est plus satisfaisant de chercher l’intelligence, la drôlerie, ou l’aspect anecdotique d’un propos. On préfère les fun facts (« Les escargots sont hermaphrodites. ») aux faits authentiques mais ennuyants (« 1+1=2 »).

J’ignore à quoi se référait Euclide. Écrivait-il ces mots en pensant à une bonne pratique des sciences ? Les retirait-il de son expérience du quotidien ?

***

Quoi qu’il en soit, j’apprécie ce dicton, la façon indétournable dont sont alignés les mots, le discours direct et centré sur l’objectif.